21 février 2007
Un brin de lecture
Aux détracteurs de Ségolène Royal comme à tous ceux qui ne jurent que par la thèse du complot médiatique, je voudrais vous donner à lire ici la thèse de l'excellente Judith Bernard. J'espère qu'elle ne m'en voudra pas de reprendre ici l'intégralité de son texte :
Ségolène doit-elle nous séduire ?
vendredi 16 février 2007. Par Judith Bernard (http://www.bigbangblog.com)
Depuis son discours à Villepinte je suis convaincue : convaincue par la pertinence de sa méthode et de ses propositions.
Il n’y a qu’un point sur lequel je ne la suis pas, c’est la francophonie. Tout le monde s’en fout, personne n’en a reparlé, notamment parce que c’est totalement consensuel - c’est d’ailleurs pourquoi elle s’est sentie obligée d’en passer par là, et de balancer ça : « N’oublions jamais la dimension de la francophonie. Il y aura en 2050 trois cents millions d’hommes et de femmes qui parleront français. Je souhaite qu’il y en ait davantage, bien davantage ».
Dieu (qui s’en fout aussi) sait si je l’aime, la langue française, et avec quels délices je me roule dedans ; bien sûr je veux qu’on continue de la parler dans cinquante ans, que ce patrimoine soit transmis et préservé, et je n’économise pas mes efforts pour y contribuer. Mais vouloir que toujours plus de gens la parlent, c’est-à-dire prendre le risque qu’une autre langue, pas forcément dominante, soit moins parlée - car ce n’est pas forcément sur l’anglais, grand ennemi notoire de la francophonie, que la conquête se fera - vouloir le triomphe d’une culture au prix de la défaite d’une autre, c’est une forme de capitalisme culturel qui est tout le contraire de l’humanisme, et je trouve ça malvenu dans la bouche d’une socialiste. Mais, comme tout le monde s’en fout, ce n’est pas très grave.
Ce qui est plus grave c’est que la capacité de Ségolène à nous convaincre soit encore si largement contestée.
On la dirait Phèdre, « Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire », belle et tragique à force d’être inaudible.
Dans ce tout qui conspire, il y a un peu de tout, et du pire, les coups de trompe des éléphanteaux, de Montebourg à Besson, douchant son aura toute fraîche comme Carrie au bal du diable, les titrages inamicaux d’une presse qu’on pouvait espérer plus honnête. Le Capitaine a dans ces murs déjà relevé l’art du titrage et ses pernicieux raccourcis : dans Libé celui-ci à propos de ma Phèdre : « La candidate craint le traquenard sur TF1 » - ah bon, fais-je étonnée, persuadée que la nénette, du haut de sa formation quand même pas donnée à tout le monde, et de son expérience des débats participatifs n’a pas grand chose à craindre de questions pas toujours très malines, et de lire l’article. Et d’apprendre, donc, que Montebourg en effet, qui n’est pas que je sache notre candidate, redoute qu’on interroge Ségolène sur le nombre de ministres dans le gouvernement suédois (13, répond Libé, merci, ça nous manquait vraiment, ça c’est du journalisme). Oui bon d’accord, mais Ségolène, donc, dont le titre m’annonce hardiment la trouille de gamine à la veille du grand oral, Ségolène est « très sereine (selon son entourage) : après tout l’exercice n’est pas très différent des dizaines de débats participatifs qu’elle a tenus et où elle a répondu à des centaines de questions, toutes très différentes ». Aucun rapport avec le titre, donc. Et même rigoureusement le contraire.
Mais sur les antennes des radios, de France Info, par exemple, c’est le titre et non le corps (de l’article) qui sera repris dans les revues de presse, « La candidate craint... », et hop, petit enfonçage du clou, le mignon tableau de Ségo en pauv’nouille démunie mangée toute crue... par les médias.
Parce que décidément dans ce tout qui conspire à lui nuire les médias sont loin d’être innocents. Je ne dis pas qu’ils travaillent intentionnellement à sa défaite, ce serait leur prêter trop de pouvoir et verser dans une vision complotiste qui ne me paraît pas raisonnable. Mais je sens quelque chose comme une vexation permanente, à entendre dans les deux sens (vive la francophonie) : on les dirait vexés, et la vexant en retour.
Pourquoi le seraient-ils ? Je ne sais pas. Je cherche, je suppose ; je lis dans le même Libé « la grogne qui monte qui monte dans la caravane des journalistes, photographe et cameramen » , cette troupe des « suiveurs, pas décidés à se laisser enfermer dans les ‘désirs’ de com de la candidate ». Qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Pourquoi ça grogne ? Parce qu’elle ne leur donne pas assez de biscuit ? J’aimerais en savoir plus.
En tout cas je constate qu’à l’évidence Ségolène n’est pas avec eux dans une démarche de séduction ; elle est séduisante, certes, belle et sexy, ce qui lui a valu une visibilité médiatique que les éléphants pouvaient à bon droit lui envier. Mais séductrice décidément non : elle ne donne pas plus aux journalistes qu’à ceux à qui elle estime se devoir, c’est-à-dire tous les autres. Ça ne veut pas dire qu’elle prétend se passer des médias : elle sait qu’elle ne le peut pas. Mais ce qu’elle en attend c’est ce qu’on est en droit d’en attendre : qu’ils restituent ce qu’ils lui voient faire, ni plus, ni moins. Qu’ils montrent ce qu’elle fait, et comment elle le fait. Sans pour cela basculer dans une promiscuité, une connivence, une séduction faite de rapprochements complices et de petits biscuits pour journaleux.
On m’objectera la photo à la maternité : je vous la concède, quoi qu’il faille rappeler qu’elle remonte un peu quand même, qu’on peut supposer qu’alors Ségolène n’était pas en campagne pour la présidentielle, et qu’elle soutenait au passage une cause (qu’on peut être femme féconde, et politique active) qui n’a pas si souvent l’occasion de se manifester de manière aussi efficace.
Alors donc le problème serait peut-être celui-là : qu’elle apparaisse d’abord comme si médiagénique, et finalement si peu médiaséductrice. En Ségolène la beauté ne tient pas ses promesses : on s’attend à être persuadés (c’est-à-dire touchés par les sens), elle ne veut que nous convaincre. Sauf sur le coup du petit poing maternel - que je me suis pris dans les tripes, et qui ne m’a pas plu, j’ai déjà dit pourquoi. Il paraît que ce n’était pas écrit, pas prémédité, et que c’est pour ça que c’était si fort. Dans l’ordre de la com, oui, c’était fort. Dans l’ordre politique, c’était évidemment le moment le plus faible de son discours. Mais les médias n’ont retenu que celui-là, puisqu’ils veulent être persuadés, et non convaincus. Ils veulent être séduits, boudent fort quand ils ne le sont pas et se vengent lentement de titres en couvertures.
Pourtant, si quelqu’un veut encore me lire alors que je suis déjà très longue, forcément peu persuasive parce que je m’efforce d’être convaincante, le discours de Ségolène, à quiconque l’a écouté vraiment, et veut bien le lire ici , est profondément convaincant. A l’exception du bidule francophonique, il n’y a pas une proposition qui ne soit fondée en raison. Je conseille, d’ailleurs, de le lire plutôt que de le voir, tant décidément le paradoxe de la non-séduction de Ségolène à l’oral est difficile à soutenir en cette époque de séductionnite généralisée. Et c’est en quoi, aussi, et pour suivre le fil de mes idées, l’empire de la séduction a une vocation totalitaire : qui ne s’y plie pas le paie un jour très cher.
Judith Bernard
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16:13 Publié dans actualité | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : judith, bernard, judith bernard, bigbangblog, segolene, royal, sarkozy

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Commentaires
Nous, socialistes et Français de gauche revendiquons notre soutien à François BAYROU et aux idéaux de rassemblement qu'il incarne
Spartacus, un collectif de 30 hauts fonctionnaires en activité dans l'administration centrale, revendique son soutien à François Bayrou dans Libération en date du 22 février.
Quelques extraits :
"Nous, socialistes et Français de gauche, revendiquons hautement notre soutien à François Bayrou et aux idéaux de rassemblement et de redressement qu’il incarne. (…) Les annonces de programme des uns et des autres témoignent d’une erreur de jugement de la situation réelle de notre pays. (…)
Notre pays est endetté et nous vivons déjà, sans nécessairement en être conscients, aux dépens de nos enfants et de nos petits-enfants : près de 1 200 milliards d’euros d’endettement de l’Etat ; 900 milliards d’euros de financement à prévoir pour les retraites ; enfin les collectivités locales elles aussi glissent peu à peu d’une situation saine vers un déficit chronique.
Madame Royal fait des chèques en blanc. Ces cent propositions sont autant de traites tirées sur le «compte France» déjà largement à découvert. (…)
Que dire des propositions de Nicolas Sarkozy ? Sa prodigalité électoraliste vient d’être démentie et corrigée par ses propres amis de l’UMP. (…)
Nous persistons à penser que seul François Bayrou incarne aujourd’hui l’esprit de courage, de responsabilité et de clairvoyance nécessaire pour redresser la situation de la France."
> Intégralité de cet appel sur (le blog de Mourard ;-) ):
http://www.liberation.fr/rebonds/236578.FR.php
Ecrit par : JRS | 22 février 2007
Pardon, le blog de Mourad! ;-)
Dans la joie et l'allégresse ;-), j'ai écorché votre prénom, avec toutes mes excuses, cher Mourad G.
Ecrit par : JRS | 22 février 2007
Ben voilà : on sait maintenant quoi faire de François Bayrou après le 6 mai 2007 : Ministre de la Fonction Publique de Ségolène Royal !
C'est très gentil à lui d'avoir spontanément proposé même s'il n'était pas obligé d'inverser les rôles... On lui pardonne, il est béarnais ;-)
Merci Jean-Roch pour cette excellente nouvelle qui doit ravir tous les élus UDF locaux ;-) Tiens, c'est curieux, on ne les entends pas... ?!?
Ecrit par : Fansolo | 22 février 2007
Les élus locaux de l'UDF du Loiret soutiennet tous très clairement François BAYROU, c'est une élection présidentielle, pas une municipale, l'enjeu n'est pas le même... :-)
Alors on la monte quand cette liste UDF-PS pour 2008 sur Saran par exemple? Ca aurait de la gueule, non?! Je connais même des électeurs UMP prêts à suivre pour remplacer tous ensemble vos cousins communistes et remettre la ville à flot (les finances ont au plus mal...).
Désolé, je ne voulais pas vous embarasser... On va attendre le résultat du 06 mai quand François sera élu Président... :-))
Ecrit par : JRS | 22 février 2007
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